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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 16:55

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Published by Denis Ferdinande
15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 19:33

 

Fin de saison, mais une difficulté, aucune ne s’y substitue, l’étage. Et longtemps ne rien faire, qui est toujours sans doute gestation, la vie de la conscience ne s’interrompt pas brusquement, ce que l’on appelle écrire s’en distingue-t-il — serait alors transcrire, des corrections bien sûr sont ce qui vient — étant pour le coup l’écriture même semble-t-il —, instaurant la rayure, et si je parlais il n’y a pas une heure de rayons, je raye, d’une formule rayons les rayons, afin qu’advienne la nuit noire, seule la lampe éclairant en ces parages, et se mouvoir fût-ce infimement, aller au balcon, y installer une table, et lire, mais quel livre, et s’il n’en est aucun, celui de la vie même [il y aurait à redire sur l’expression, appelant à se passer de la lettre] ou de la mémoire, [mais même objection — des phrases traversent certes], et ce qui s’en est allé, or telle revenance nouvelle, de ce qui semblait le plus oublié, et alors sans chance de retour, tu apparais ensuite, et simule — là depuis toujours. Nous conversons — mais de quoi, qui se pourra retenir ? —, préliminaires aux préliminaires, puis faisons l’amour, ou le rêvons, nous reverrons-nous seulement, y compris passés les temps troubles ? Je veux dire guerres, presqu’un irréel considérant longtemps ses sept lettres et dont l’effet vient à être la dissolution du sens, impuissante [sa puissance de destruction quand même se tiendrait-elle en des mains puériles — et bouffonnes*] à avoir lieu dès lors, la chance s’en mesure quel est le prix de l’actuelle scène en laquelle nous conversons encore, tel cigare en bouche, et alcools, accédant à l’archi-nuit, n’y tombons pas même de sommeil, retenus par ce je-ne-sais-quoi qui est conscience semble-t-il de la chance d’être là encore, l’ivresse peut-être nous le fera-t-elle oublier, j’allais écrire : ce point d'oubli qui serait la recherche même, mais la pensée en est informulable encore, viendra et viendra peut-être dans un instant, à savoir si je n’oublie pas, autre jour, éconduction de nuit, un restant de forces à quoi je dois l’éveil, relectures de divers feuillets et derniers en date, quantité de pistes interrompues aux instants les plus décisifs, ce qui se perd — attendant un relai venu d’ailleurs ? N’est-ce pas toute l’attente en vérité ? Place Y à laquelle je parviens, et peut-être, par cent détours, précision que j’invente ne sachant ce qu’elle voile, ce saurait être : y accéder directement n’y comptez pas, le plaisir — s’il est celui de prendre place en une terrasse, tel alcool en un verre quelconque placé sur la table circulaire et constituant l’autre attente — est retardé, qu’une flânerie précède, durât-elle de longues heures, arrêt chez tel antiquaire afin d’y consulter diverses cartes de l’autre siècle, mais tout ceci semble épuisé, voilà le sentiment brusque, que je sorte, être interpellé artère K, par celui dont je ne sais rien encore, et alors que j’aurai toujours circulé, comment dire, incognito en la cité, semble vouloir s’expliquer sur ce qu’il veut, mais la langue m’est étrangère, le serait à quiconque — toute compréhension impossible — peut-être a-t-elle cessé d’exister, comptant dès lors parmi les langues mortes,  mais mortes de quoi ? L’étage toute lucarne ouverte, un lucane entre, ne s’éternise pas, pas d’air* [l’astérisque qui est toujours renvoi à l’autre, jamais seul, du texte], s’hydrater d’un alcool de fortune, et tomber d’ivresse me relèverai-je, j’allais oublier, les cartes, parcours de leur verso, où figurent des inscriptions de tous ordres, censées émouvoir il semble le destinataire, ou l’interpeller plus que jamais dans le cas où les cartes eussent été les dernières, dans l’actuel cas s’entend, alors même que ces cartes ne savaient qu’elles survivraient au destinataire, pour un autre tout autre, et étranger, y avait-il seulement mise en garde, que les cartes fussent à lire par ce seul destinataire d’alors, voici l’échec de cette précaution visant à devancer le sort [ou mise en garde une fois encore], mais que faisais-je ? L’exact désemparant. Tenant en le fait de cesser de savoir, alors me rendre au balcon, la table y est encore, ne se sera pas mue d’elle-même, j’allais écrire, encore que ce soit en le pouvoir de toute chose, si je rêve, et je crois rêver, mais autre jour, chaque heure l’autre jour, une indécision dans le « que faire ? », ce saurait être l’hier réitéré, avec variations fussent-elles imperceptibles sous quelque regard que ce soit en présence, mais je suis seul et ne multiplierai pas les regards, tenez, d’un l’on-vient, et l’on vient en horde, le seul esseulement, et seulement possible si, j’inachève [afin que s’entende le redoublement sonore] et cela sur la décision de t’appeler, que tu viennes, te dis-je, mais retenue [où cela ? Tu ne te prononces pas] un fait de la plus haute importance, se déclarant, n’y ferait rien, j’oublie alors, et ne puis qu’attendre [et ne suis qu’attendre], ouvrir l’armoire, art mou art si je décortique, mais il fut dit en d’autres temps larmoire, faisant droit au singultueux, à ce qui déclenche les sanglots, eu égard à celui retrouvé — en rêve, peut-être — défunt, qui était le plus cher, de seules bandes le gardent, 

Ce peut être, encore — autre jour. Rien ne les arrête, avant l’arrêt qui saurait voir le jour est-ce à dire ce jour même, d’une décision, puisqu’il y va toujours, nous ne le savons jamais qu’à peine, du décidable revenance de ce nom d’autolyse, alors quoi, entre nous, agiter le funèbre alors qu’il est bien des vies se tenant encore, en attente ? J’allais ajouter — fussent-elles invivables, bien des vies invivables, donc, sauraient-elles toutefois être évitées, et s’il nous appartenait de choisir ? Question de fortune, j’oublie, tel balcon en lequel je stagne dans la chaleur écrasante, et ce restant de cigare que j’embrase, puis décider, que je t’appelle, y compris si ne se décide, pour moi, que le sans-réponse, te voici retenue ailleurs, soit ne te voici pas, non que tu cesses d’être, occupant plus que jamais mes pensées comme pensée accompagnant le regard, la cour inférieure, et ses saules, ton visage, une route devenant sentier, ton visage, autre jour j’allais oublier, cette suite qu’il me faut reprendre prolonger, telle descente des escaliers, et avec vitesse, afin d’accéder au dehors, ton visage, que je ferme les yeux, ton visage, que je les rouvre le visage d’une autre croisée square A, ton visage, un passage vers l’artère K, ton visage, puis coïncidence, te retrouver place Y, ton visage, ton visage, et marche de concert vers un hôtel dans les profondeurs de la cité, étage culminant de ce dernier auquel nous accédons, afin d’y faire l’amour nous faisons l’amour, afin que se réitère, imperturbable, la formule, pour elle seule, qui est scansion dans le volume, se martèle, l’on questionne, mais le sens en est fermé, ne se déclarerait qu’en d’autres mondes, celui-ci est perdu, la formule voudrait le sauver mais rien n’y fait, alors la réitération vide, serait l’effet escompté, mais je parle trop, alors qu’il n’y a pas même torture m’y contraignant, tu te lèves, nudité que ne voile qu’une chevelure pas déployée depuis des siècles, des millénaires, toi l’éternelle errante, nous cheminons ainsi spectraux en ce monde, jusqu’à ce qu’éclate le socle, nous fuirons, s’il est un havre [navrée pour ce monde, t’entends-je prononcer] ailleurs dans l’univers, où se puissent recueillir les âmes, qu’il y ait même profusion d’âmes, est-ce à dire plus que n’en peut recueillir le havre ? S’il est le ciel infini — il y aurait ainsi limite quand bien même ? Qu’allais-je dire, j’allais parler encore, une douleur, de surface, touchant au crâne, telles phrases en attente que ce dernier ne peut plus contenir raison de la douleur, les y supposant fichées, et non au dehors, dans l’air de l’étage, sur toute paroi, les y projetant, l’ayant-lieu même cependant, et tenant lieu de film, l’affaire de la transcription s’éternise, l’on se figure, du dehors, plaisante n’est-ce pas l’envers même, j’allais sortir, sur le nom d’insoutenable, mais rappelé, alors que ne se déclarera que désagrégation de toute phrase, il y avait évanescence donc des graphèmes, ce que l’on croyait le plus sûr, depuis telle frappe préalable, fixant pour toujours* leur marque, sur le vélin épais s’il est un papier tel, en présence, alors oublier, faire une croix, comme il se dit, sur l’écriture ? Ce serait écrire encore, y portant l’inscription certes ultime, dans le cas du non-retour, de l’irrévocable, je ne me prononce pas, sera mon mot, car susceptible paradoxalement de relancer l’écriture, tant il y aurait à dire — être sommé de s’expliquer, par exemple, et engageant ce faisant les mondanités —, sur les fins toujours cruelles, ne s’acceptant qu’exceptionnellement, tenez, comment s’expliquerait à cet égard un mort — non un mourant, un mort ? Sinon d’un silence infracturable ? Or l'on voudrait qu'il parlât quand bien même,  parenthèse susceptible de ne se jamais refermer [l’ordre des mots est tel, de mémoire] : il était un sens de la phrase que je crois perdre, y a-t-il seulement effort de le recouvrer, laisser affluer toute perte, les pertes de tous ordres, qui sont bien le lot de nos présences ne fussent-elles une fois encore que spectrales, j’allais écrire, ou alors spectral, seul l’est le monde, mais alors comment qualifier ce qui fut appelé il y a un instant, guillemets, nos présences, qu’est l’envers du spectral, quoi autrement dit des corps, puisque c’est cela que l’on voit poindre en pensées, ossatures et chair, et si celles-ci ne procédaient de rien moins que du mirage, en pensées une fois encore, s’il y a équivalence, il n’y a pas rien, donc, je te vois t’observant, et toutefois quelle sûreté de ce qui apparaît, la sûreté est-elle sûre, il en serait de trompeuses, l’on sonne, laissant à penser qu’il y a à ajourner le trafic, je veux dire, celui de la phrase, toute vérification, comme si la phrase était à l’épreuve de la vérité, bien sûr rien de tel, que l’on s’en accommode, appelant d’autres manières de lectures, tout sauf une approbation, 

Une passante, je ne sais rien d’elle, si éloignée, ce saurait être toi — je te prends pour elle, et la prends elle pour toi —, je veux dire que sais-je qu’ai-je jamais su de toi, sinon que tu viens, je le vois bien, depuis la Loggia qui surplombe jusqu’au vertige, approchant passées bien des disparitions, empruntant des artères secrètes, je n’y accède pas de visu, et parfois crois te perdre pour toujours, mais une réapparition, l’artère K visible, que tu empruntes, approchant toujours, de sorte que je puis te reconnaître à présent, avec ombrelle parant de torrides rayons, ton pas ne semble pas sûr, comme sous l’effet d’une substance interdite absorbée, je n’en sais pas davantage, sinon que — et cela corrobore semble-t-il —, ta voix était au téléphone [tu auras dit teleph*, parlant de ce dernier, mais je ne puis restituer ici tout l’échange, avec pour titre, car nous titrons toujours, parlant : La lettre téléportée — d’un alphabet à venir] un rien tremblante, te déclarant au bord d’être là, alors peut-être y a-t-il retard infime, non que je compte les secondes, pressentant toutefois qu’il en est pour s’écouler, car le Temps ne s’arrête pas brusquement, à l’annonce de ta venue, peut-être toutefois, ceci, retenir le souffle, est ce qui s’effectue, puis la quadruple frappe, est ce qui s’effectue, je me figure dès lors t’apercevoir entrant,  et c’est un réel à l’œuvre, toi occupant l’espace de toute ta présence que j’allais dire massive rien de tel, nous faisons — mine de faire — l’amour, ça y est la formule se disloque, sans plus de possibilité de retour, un irréparable, sauf à repartir de temps antérieurs à la formule, le Temps n’étant en rien linéaire et fluide cheminant vers plus tard, nous l’allions oublier*, puis te voir errer dans l’étage à peine voilée, t’arrêtant sur tel feuillet que je crois signer, ne s’y déclarant selon toi que le massif une fois encore, mais est-ce une objection ? Et pour ce qui est des silences, allons à la virgule. Cette note rappelée [n° 624] te devançant, tu allais parler, et parler de ce que l’on appelle silences en écriture, où en effet les ficher, s’il faut quoi que ce soit de tel, il dépendra toujours de la lecture, de la lecture à voix haute, si place leur est faite,  il dépendra toujours du lecteur, s’il vient, et déclame* [performs], s’arrêtant à toute virgule, de longues secondes, le massif s’en aère, transfiguration en dernière instance c’est une nouvelle ère pour le volume [que l’on croyait alors fichu, avec pour seule vocation l’armoire le larmoire — fermeture à tout jamais], alors cela revenait-il à l’art de ce seul lecteur, l’effort d’un autre y aurait-il suffi, il quitte quoiqu’il en soit l’étage s’élance — silence encore —, impossible de le suivre, le rappeler ? Entendrait-il seulement ? Nous allions oublier — In the mood. Que retentissent les cuivres [l’un ou l’autre se l’écriant], — ivres, le sommes, et depuis déjà de longues heures, mais un autre jour, qui peut-être sera le dernier, et s’il ne l’est pas, un autre, et la scène de se réitérer, cette fois sans la moindre variation — le geste le plus infime : identique, de porter le verre aux lèvres, par exemple —, tandis que traversent les cuivres, stupéfiant parmi les stupéfiants, mais un instant, se réveiller est-il possible, et si nous n’avions que sommeillé jusqu’alors, ce serait — question — sur quel monde, dont nous ne savions rien, jamais apparu, ouvrît-il sur la dévastation, parce que les temps en seraient trop futurs, et qu’il n’appartiendrait au futur que la destruction, vastes étendues défoncées [plus d’un missile dut s’y écraser, guerres, l’avenir immanquable tandis qu’il n’était plus possible de contenir la folie humaine, s’expatriât-elle vers quelque socle étrange, non-terrestre, plateforme spatiale, et spacieuse*, afin de survivre, de survivre à la destruction], un retour en arrière devient toute la pensée, retour qui serait avenir, depuis l’impossibilité d’aller plus avant, alors peut-être y a-t-il saturation d’âmes en ce retour, il en résulte — dans l’air, vibrations quasi perceptibles, d'âmes s’ébrouant, nos pensées s’y relieraient ?  Autre jour, peut-être antérieur comme il advient parfois, selon que des événements seraient éprouvés comme, guillemets, à revivre*, à savoir s’il y manquait la pleine conscience [cela existe-t-il ? Des obstructions ne se font-elles pas toujours jour, de l’ordre du voile, celui de phrases traversant, jamais identiques, voiles multiples, et de tous ordres ?]. Quatrième excursion, ayant dévalé les marches de l’immuable, il n’y a soit dit en passant plus l’animal aboyant, dans la cage d’escalier — or déclarant cela, il revient — et c’est un jour finissant, non que l’écrasante chaleur prenne fin, peut-être fait-elle plus que jamais rage, terrasse de la place A à laquelle je prends place, telle table, y déposant toute une liasse d’écrits de l’autre siècle, comme si un remaniement en était possible, tel alcool déposé sur la table, mais il en faut un second, étanchant la soif, la soif considérable,

[Première version]. Autre semestre, une fin s’y annonce, de quoi est à décrypter, et stagner de longues heures — il se peut qu’à présent le soir tombe — sous ce soleil d’été, parcourant les lignes*, s’il en est une possible apparition, d’un volume sans existence, si ce n’est à venir, et ainsi de sa langue, non parlée encore, j’y apprends qu’il me faudra l’apprendre, étant à parler, et parler attendant toujours, il semble, d’être j’allais écrire compris mais je crois ne plus rien comprendre de ce mot, dont je fis l’usage toutefois, et peut-être — jusqu’à saturation, en d’autres temps, [Seconde version]. Autre semestre, une fin s’y annonce, peut-être de ce que l’on appelle monde, et que je croyais, comme quiconque, réservée à d’autres, comme s’il était possible de la différer, et cela sans doute fut possible, tout un temps, jusqu’à ne plus le pouvoir, aujourd’hui alors que l’on se figure quelque effondrement, attendant le fond, mais il n’est rien de tel dans l’univers, tout au plus percuter telles étoiles refroidies,  mais un instant, l’on vient, ayant sonné, qui cela, toute une attente n’attendant que la confirmation je veux dire je crois savoir, saurait être contredite, sans doute, comme si une figure des derniers instants pouvait se substituer à toi, mettant à l’épreuve ce qu’il reste ici de patience, la porte entrouverte s’ouvre, une figure s’y tient au seuil, n’entre pas, un colis à la main — faisant valoir pour ainsi dire le facteur-chance — tels papiers qu’il me faut aussitôt signer, que je signe, et voici qu’il m’appartient d’ouvrir le colis en question, est-ce à dire dans l’urgence, je l’autourne, plutôt, et cela de longues minutes, un mot — relevant du télégramme — y aura été glissé : « Prends-moi pour le contenu du colis, ce jour — ne pouvant venir. [Signature]. Avril 2049. » J’ouvre, donc. Présence d’une caisse d’infime taille. J’ouvre, donc.  Et, immédiatement visible — telle tabatière, en argent, avec couvercle dont je saurai qu’il t’a pour effigie, délicatement gravée. J’ouvre, donc. Et — tel tabac blond, des Pays-Bas [si l’étiquette en est sûre : Hollande-Méridionale*], frais encore, avec légère senteur parvenant au cerveau, ne manque que l’alcool — ayant confectionné tant de cigarettes. Mais alors, le « Prends-moi pour » qu’est-ce à dire, donc, sauf à traduire par : pour ce qui se consume, et ce faisant, pense à moi, je serai cela, l’évanescence même, fumée, dont sont faits les souvenirs, est-ce à dire que je ne viendrai plus ? Je n’ai pas dit cela, n’ayant rien dit d’ailleurs, toi seul actuellement traduis, dans l’attablement provisoire, ne s’annonçant que l’archi-nuit, cette dernière vient, mais non pas dernière, et voici aussi l’ivresse, ta déambulation en l’étage est des plus précaires, ne tenant qu’à un fil, ce fil de très haut — et à jamais sécable, tu n’en sais rien — qui fait de toi cette marionnette de fortune, gestes invariables — des phalanges se meuvent — au-dessus du clavier, puis autre jour, dans l’été, une fois encore, faisant rage, après-midi torride séjourner dans le balcon avec table, vue imprenable sur le lointain lointaine ligne d’horizon que rien n’obstrue, pas même les hauts palmiers dans le contrebas, c’est ainsi une fraction de Méditerranée qui se donne, fût-elle infranchissable, l’idée d’un franchissement ne vient pas, quelles terres seraient-ce, comment orienter le désir, alors soit se laisser dériver, toute terre serait la terre, où parvenir, quatre coups successifs à la porte [se font entendre], il me faut ouvrir j’ouvre, et c’est toi pour apparition, nous faisons l’amour la formule est à prononcer très vite, suivant que se prononce quoi que ce soit lisant, et quasi inaudible, devenue comme impossible ou insoutenable pour quiconque — ce qu’il me faut soutenir toutefois —, il n’empêche voici l’ayant-lieu, nos corps ruisselants s’en allant sécher dehors, dans l’air du jour s’il en est — le balcon encore — puis ce flacon, dont je tais le nom, d’une eau de parfum médiocre, est ce dont nous couvrons nos corps [« Per fume », lis-je sur l’étiquette*, soit « Par la fumée » — se souvenir,  dans le futur — celui de ton retrait ? L’actualité brûlante — alors objet de nostalgie ?]. Lecture, à voix haute, de tel feuillet te tombant sous la main, feuillets comme il en tombe, depuis cet air du dehors nous parvenant, tout semble y avoir été rédigé avec la plus grande hâte, les ratures sont le lieu d’une difficulté à poursuivre la lecture, puis n’ont plus cours, l’incorrection laissée telle, la grammaire en fût-elle heurtée jusqu’en ses combles que sont les combles, et la heurtant, la langue, que l’on se figurait être l’intouchable même, touchant par conséquent à l’intouchable, la touchant [soit en le geste d’écrire], mais qui cela, qui ici aura écrit, ne rien se rappeler de tel — que ces phrases portées à l’oreille, depuis un autre corps, l’étrangeté s’en révèle comme jamais, puis lorsque c’en est tout de la lecture, et le feuillet intégral porté à la flamme de la bougie, sa mise à feu mettant un terme à l’expérience inquiétante*, nous n’oublions pas les restes en attente, d’alcools de tous ordres, et ce cigare dont la circulation s’éternise, d’une bouche à l’autre, 

Peut-être en est-ce tout de l’actuel volume, circonférence s’il est une sphère, dont nous aurions fait le tour or se prolonge ici-même, sa pointe repoussée — jusqu’où ? —, passé l’ensemble des possibilités restantes, advient autrement dit l’impossible*, une anfractuosité — d’entre de la roche, roche d’une dureté de roche il est à s’y érafler afin de l’éprouver, et par elle, la dureté ineffective je le saurai — et antre, devient passage, je crois n’être pas seul, sept spéléologues m’accompagnent, et éclairent, eux seuls disposant de torches, enferrés en des discours pour lesquels l’actuelle situation n’est rien, je veux dire d’aucune difficulté, puis il va sans dire [puis il va s’en dire] le réveil, et l’étage invariable, tu n’y es plus, enfuie par je ne sais quel passage — passage encore —, c’est encore la nuit, ou tout au plus prend-elle fin, soit aurore, du balcon, cause d’éblouissement peut-être s’y substitue-t-il un visage, forcé toutefois de m’en détourner, puis autre jour, je te sais devoir venir, quand cela, la réponse aura été gardée, à l’occasion de l’appel il n’y a pas une heure, alors peut-être ne suis-je qu’attente, écrire ? — Impensable, ou plutôt y pensé-je, n’est-ce pas d’ailleurs toute l’actuelle pensée, mais comme l’impossible même, les phrases n’y seraient pas, si ce n’est en un ordre d’apparition chaotique, phrases en hordes, dévalant du lointain* — que l’on devrait à la précipitation ayant cours —, le temps d’une maîtrise inquiété par l’interruption d’une imminence qui ne fait que croître, chaque seconde, étant donné que tu viens je veux dire tu auras dit, inoubliablement, je viens, non pas je viendrai, quelque part dans le futur incluant l’autre jour même — une indécision — mais je viens, l’on vient d’ailleurs, frappant à plus d’une reprise, et c’est toi bien sûr [qui entre, j’aurai laissé entrouverte la porte], je hâte la formule nous faisons l’amour, quand bien même ne serait-elle plus l’ayant-lieu en rien, une seule pensée, passant, qui est souvenir de la clause, ou contrainte d’être à prononcer, et sitôt prononcée, nous pouvons l’oublier, et nous occuper d’un rien, nous établir sur le balcon quoiqu’il en soit de la chaleur, qui écrase, qu’écrase-t-elle, nos corps, nos pensées, un électroencéphalogramme [EEG] montrerait l’activité de ces dernières comme nulle, non que nous soyons affectés — je veux dire tout à fait, l’un comme l’autre — de mort cérébrale, une vie saurait en être recouvrée, jusqu’au souffle même se perdant, recouvré à son tour, et cela à tout instant, quittant le balcon pour des zones plus ombragées, mais il est une zone d’ombre quant à ces zones, peut-être introuvables, alors attendre, attendre que tombe le soir, et il tombe bien sûr, le monde ne s’arrête pas sur l’épreuve du grand jour, parcourir dès lors tel journal que tu auras emporté dans le feu ou fluide de l’activité urbaine, plus d’un titre s’y tournant, comme à titre de rappel, d’une existence qui aurait cessé d’apparaître.  

          

    

 

 

 

 

 

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Published by Denis Ferdinande
8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 12:55
In the mood [En ses marges]
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Published by Denis Ferdinande
3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 13:47

Le second — Tu ne dis rien, allais parler, il semble, mais de ta bouche, que je sache, pas un mot, ou alors l’enfouis-tu dans le silence — fougère — comment l’y discerner,

Le premier — Tu me coupes allant parler, et la parole dès lors en est perdue, consistant peut-être en une formule décisive, ah ne l’avoir pas notée, manque un aide-mémoire or n’écririons-nous pas à tout instant, à supposer que le temps de l’écriture retienne celui de la pensée, tout fuserait, la vitesse serait trop grande, de toute phrase dans le cerveau, n’arrivant pas de surcroît une par une, mais chaque fois en horde je me figure en connaître la langue, comment les restituerais-je sinon,

Le second —

Le premier — Je te coupe à mon tour, alors même qu’une fois encore, tu allais me couper, aussi te devancé-je, or ce faisant j’oublie de quoi je parlais, d’infime importance peut-être comment savoir, je débouche ici sur un indécidable, il y a en tout cas perte, cause d’une lamentation comme éternelle si je n’en sors pas, mettons qu’il y en ait un écho, accompagnant l’actuelle parole, qui n’aurait de terme qu’occupé par une pensée tout autre, de l’un ou de l’autre, et ce qui d’elle dériverait, la première occasion apparue.

Le second — Je raye ce que tu dis, comme s’il en était une écriture, et qu’elle fût corrigible, ai-je à m’en expliquer, me prenant pour l’auteur, que devient-il, et s’il attendait l’actuelle substitution même ? Ne me la dicte-t-il pas ?

Le premier — Puis-je alors parler encore, je veux dire sans que rien ne s’en efface, pas un mot — une voix s’efface-t-elle seulement ? —, ne s’en raye, pas un mot — supposant possible le rayage d’une voix — voici à présent que se déclare quelque hantise parlant, averti de ce contrôle, qui est mainmise sur toute parole, il n’en saurait plus être de légèreté, sauf à faire d’elle, retournement en dernière instance, une arme de guerre, ou rébellion atténué-je mais l’un comme l’autre mot m’échappent, s’imposent m’échappant, contre cette mainmise, t’en expliqueras-tu seulement, avant qu’il ne soit trop tard, ce que je veux entendre, les conditions d’une conversation dans les règles de l’art s’altérant à compter de ta dernière parole,

Le second — Je raye la rayure, et la raye sur l’instant, n’est-ce pas cela que je t’entends attendre ? Altération peut-être de ce qui fut dit — aller écouter sous la rayure ? — je m’en désole, mais où en étions-nous, pouvons-nous seulement reprendre, s’il y eût un lieu qu’était-ce, voici l’introuvable, ce contre quoi nous butons, réitérant infiniment l’acte de

Le premier — Je te coupe l’on vient, est-ce à dire en cette chambre même, de seuls bruits de pas, à l’heure où il n’est plus un possible passant, traversant les couloirs, peut-être y a-t-il à faire silence je m’inquiète [tous deux font silence, éteignent toute lumière, approche des pas, un arrêt, de seuls souffles audibles quantité de secondes, puis bruits de pas s’éloignant] c’en est tout il semble, où en étions-nous, peut-être à cette question même, interrogeant le lieu, tu sais, celui que donne la pensée, je t’entends encore la phrase en demeure intègre, annonce de l’introuvable, mais qu’espérais-tu alors trouver, et cela te revient-il seulement, il te reviendrait autrement dit plus qu’à aucun autre que cela te revienne, je

Le second — Mais il n’importe plus — le lieu, tel autre s’y substituant, serait-ce n’en sachant rien encore, mais cela vient, ne faisons qu’y graviter afin d’en constater l’étendue, et lorsque ce sera chose faite, nous dirons : cet objet de la pensée est ample, prenons-y place, est-il un cigare en ce coffre, que nous puissions extraire ? Et nous fumerons dérivant aussitôt vers : qu’est-ce qu’une fumerolle, que serait ici son rôle, sachant alors ce qu’elle est, mettons sourdre, de ce sol instable et d’entre toute pierre, or cela n’est rien dire encore.

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 18:39

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 18:37

Et la phrase qui retourne, où en était-elle les mois ayant passé, d’une halte qui eût pu être sa fin ou alors l’était-ce, il n’empêche, la voici rappelée elle retourne, ayant nom de lance qui lance le nom de lance, afin ce faisant de lancer la phrase y compris s’il n’est pour elle aucun lieu sûr encore, où se ficherait-elle, octobre-s’effondre tient lieu ici de date, ne figurant alentour que décombres de jours, d’où la phrase se déploie dans l’hiver précoce, et que rien n’abrite encore, aussi l’on croit un instant qu’immobile, le froid la rétracte, qu’elle gèlera, telle, avec l’air glacial arrivé de l’un des pôles, or la lancée reprend fût-elle folle, comme il plaît à la phrase ce nom de folie n’en sera-ce pas l’étoffe, s’il lui vient seulement de s’en couvrir, ou alors : rien qui ne la pare depuis toujours, et qui n’aurait d’aspect que l’invisible non l’on voit bien, lisant, que tu es folle, te prenant pour une phrase depuis la mémoire qu’il te reste de phrases d’un temps tout autre, ce temps serait passé or tu le rappelles, qui en vérité saurait te lire la voix parle indistincte l’on ne sait si ne l’entraîne que le vent seul, ou rien car il n’est alentour personne, voici quoiqu’il en soit la vérité dite, et la phrase en est comme heurtée, se la retournât-elle, puis l’on se figure qu’il advient quelque chose, plus que ce seul heurt, l’heure tournant,

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Published by Denis Ferdinande
9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 14:49

Que serait-elle, la phrase qui inquiétât le nom de phrase, afin de nous perdre que savions-nous de ce nom, voici qu’elle vient. Et venant, qu’est entraîné aussi son nom. Tout à l’heure ni l’une ni l’autre indemne, car une expérience s’effectue, d’un sens enfui peut-être or celui-ci retourne, attachée à ce que l’on y touche mais pour atteindre, s’il est un reste, ce reste même, qu’il parle [d’autres aussitôt dans le calcul, et comptant parmi la chimère des vivants et des jours, crient au fragment, à la syntaxe déréglée et à l’emmêlement futur des temps comme s’il était observé déjà]. Et si tout revenait à ne plus savoir écrire ? Et que ce fût là chance. Ne resteraient que décombres de ce souvenir, et d’une quantité telle qu’une année seule pour tout désenfouir n’y suffirait. Serait-ce écriture quand bien même — que cette saisie profuse à mains nues ? L’épars semble devoir demeurer tel, quoi pour relier dès lors ? Il y eut un être, son corps gît parmi les décombres, qui sera le seul, étendu disloqué inerte, sa bouche seule demeure mobile, rien n’expliquerait qu’il parle, il parle cependant, peut-être en faveur des décombres mêmes n’est-ce pas tout ce qu’il détient ?

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 16:11

Pas-de-nom — J’allais ne pas parler, mais un instant avant le silence — se propagera viral, le triple coup n’est pas frappé or il y a comme effet de frappe lourde, à plus d’une reprise que sais-je s’il y a exactement le triple, dont il résulte l’extinction de toute parole ou de son seul bruit me parvenant d’en face, d’en haut, et de tous côtés —, un mot seul cette formule même j’allais ne pas parler, que je réitère la remaniant d’un mot j’allais aujourd’hui, mais trop tard, je parle j’aurai parlé, et parlerai encore, plus qu’aucun autre, entrant en scène l’étrange scène de la scène. Et certes. Il n’y a personne encore. Ou alors l’on vient [bruit de pas d’en arrière. L’ouïe s’enfonce dans les profondeurs de la scène, où la vision n’accède pas. Il raye la didascalie s’il écrivait parlant, afin de la reprendre, mais].

Pas-de-nom, le second — Nous voici deux, et le silence peut attendre, nos noms, entre nous, sont entendus. Mais aussi un chœur, comme s’il fallait une présence telle, d’autant d’âmes qu’il est possible, voix discordantes encore que s’accordant toujours, à l’ultime instant de parler, à parler d’une voix. Plusieurs voix d’une voix. Et enfin, une radio dont ne s’entend encore qu’un grésillement continu, qui saurait couvrir les paroles du chœur s’il venait à parler. Et il parlera s’il est seulement en mon pouvoir qu’il parle, je veux dire s’il ne tenait qu’à moi, or qui suis-je ? Il parlera je parle, mais ne ferai pas chœur avec le chœur, prêt à le contrer à tout instant, s’il n’est d’accord qu’impossible. Mais je parle et vous écrivez, ou prenez note, d’on ne sait quoi.

Pas-de-nom — La scène nue. Exception faite de la table j’y suis attablé rédigeant des didascalies dont j’effectue une lecture sitôt inscrites, et ce faisant, comme vous le faites, je parle, prêt à vous répondre s’il y a seulement, où que je me tourne, question. Un mot toutefois vous alliez oublier, vous l’oubliez même, L’oublié, d’aucune existence encore or il y faut une place, saurait survenir, n’existait pas, survient, non qu’il survienne ici, mais le saurait, et le saurait à tout instant, qui sera-t-il ? Et sera-ce son nom seul, L’oublié ? Le sera-t-il encore, prenant place — si la marque, celle de l’oubli même, d’avoir oublié, n’en est pas inoubliable ? La scène nue disais-je, y compris si je dis ciel, par exemple, et que l’y voici fiché en pensée pour toujours, en arrière de la scène. Ainsi un ciel peint sur toile, et tenant lieu de fraction de décor, serait tautologie, est évitée, la scène nue disais-je,

[...]

De quoi parlais-je ou plutôt que me faisait dire l’auteur, que je ne puisse contredire jusqu’à l’extinction des feux, si dans l’obscurité même il ne me faut pas parler encore, sachant que parler n’est pas ici parler, parler n’est pas cela, la dictée l’empêche, et toutefois, nulle récitation ni déclamation, une réactualisation en est-elle possible, de ces termes ne signalant que le vétuste ? L’on croira que je parle, que je n’aurai fait que parler, mais c’est alors oublier l’écrit me précédant, que je restitue sans m’en écarter ne fût-ce que d’une seule phrase, le temps notamment de ce monologue.

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 20:18

Au bord d’écrire, à quand remonte l’inscription, le tracé du dernier mot je ne saurais dire, hier peut-être ou alors était-ce il y a de longues semaines, ayant préalablement gravé, afin de ne rien perdre or n’était-ce pas déjà écriture, dans le givre [couvrant le parterre d’un parc que je traverse, m’y arrêtant parfois, chaque jour depuis voilà plus d’une saison. Et nous atteignons l’hiver], les lettres d’un titre qui conduira l’actuel volume, à supposer que je le garde, soit de façon invisible s’il n’en est rien. Parce qu’il me faudrait le taire, quel motif ? L’hypothèse se referme. Je ne tais en rien ce titre. Étant sans existence encore [qu’y avait-il alors de gravé, quelles furent les lettres ?]. Il se peut que cependant je l’attende, que, plus encore, je n’aie jamais attendu que lui, ce qui serait mentir, pourquoi n’en pas faire l’aveu, l’avancée s’effectuant hors-titre à plus d’un titre. Il n’importerait en rien le titrage, un titre en vaudrait bien un autre, quelque titre que ce soit, l’aucun, même, saurait en tenir lieu, est-ce à dire qu’il n’affecterait pas l’écrit même ? Tout ceci pour dire qu’il serait trop tôt. Le titre viendra en temps et en heure. Je parlerai d’un livre, ne sachant s’il existe ou alors non, comme le titre, d’aucune existence, si ce n’est à venir, ne précède pas, son écriture ne s’effectue pas même parallèlement à la présente introduction, y prélevant tout à l’heure des extraits d’une teneur insituable encore, afin d’engager quelque chose comme un commentaire.

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 12:20

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Les Fusées de C. B. (2013)

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Une phrase, juste, préface de Noémie Parant. Dessin de couverture (eau forte) : Yann Legrand. Atelier de l'agneau. 2012. 

Ouvrages antérieurs

théoriRe, actes, de Denis Ferdinande

théoriRe, actes. Atelier de l'agneau. Coll. Architextes. Contient le DVD du film Dolly ou les oies sauvages, coréalisé avec Philippe Bouillet. 2006


Toute littérature s'effondre (couverture)

 

Projet d'un livre qui ne verra pas le jour

 

N’importe quand. Tout peut reprendre n’importe quand. Telle pensée aussitôt en retard sur la reprise qu’elle annonce : énoncée, elle annonce aussitôt son retard. La reprise a en effet eu lieu déjà et s’éconduit via l’actuelle phrase dont l’objet n’est déjà plus la reprise mais l’actuelle phrase même, phrase sans objet autre que cet objet même : l’actuelle phrase, qu’il s’agit de faire avancer sachant qu’elle avance très bien d’elle-même étant ce qui se pense, ce qui se pense sur l’instant, focalisée sur l’instant de ce qui se pense et ne se passe peut-être rien au fond (que l’avoir-lieu de cette pensée qui n’est pas rien) on peut vouloir, de cette pensée, parlant de fond, en toucher le fond, serait-ce du seul regard, parce qu’il inquiète, ce fond − lui ou son absence − si fond, donc, il y a, et le cas échéant, s’il ne s’effondre pas, fragile comme il est susceptible de l’être, à l’instant d’être touché : mais alors jusqu’où s’effondre-t-il, rejetant ici l’idée d’un effondrement éternel (intolérable pour la pensée), sur quel fond qui serait le fond dit réel s’il ne s’effondre pas lui-même, quand même et malgré tout, sur plus d’un fond ? Vertige. L’un de ces fonds parle, il n’est pas possible qu’il parle or il parle. Il parle (s’il parle pour l’ensemble des fonds) et dit : « Il faut laisser la littérature, la laisser livrée à elle-même, il ne sera pas question ici d’elle mais de tout sauf elle, si tentante soit-elle, il serait tentant de se tenir en son cercle et de n’en pas sortir jusqu’au dernier mot de ce volume, ou alors de rares fois, si cela s’impose − cela peut comme cela peut ne pas −, mais alors à seules fins de la pousser à ses limites voire de la mettre hors d’elle, de l’énerver comme nous disions ailleurs *, afin d’entendre d’elle les paroles qu’elle tait depuis toujours et qui sont peut-être soit dit en passant sa  vérité… » Les fonds ainsi parlent et se déclarent. S’ils parlent, il y a tout lieu de croire qu’ils ne parlent pas pour ne rien dire, non qu’ils soient à tous coups sérieux (or certes pourquoi ne le seraient-ils pas ?) ou alors : ils peuvent dire, parlant, des choses sérieuses voire les choses les plus sérieuses qui soient au monde, tout en riant, parce que, par exemple, cette pensée de ce qu’il y a de plus sérieux au monde aurait été retenue trop longtemps, et que la dire libèrerait au point de déclencher quelque chose comme le rire, ou alors parce que... Repartir. Nous repartons. Un autre fond parle, s’il n’est pas trop tôt pour dire ce qu’il veut dire (il est de toute évidence trop tôt or il veut dire ce qu’il veut dire et rien ne semble pouvoir enrayer son vouloir) : « Il faut enclencher la folie dans la pensée, non pas faire d’elle le thème de l’actuel volume (il n’y a pas ici cette chose désuète appelée « thème ») mais en procéder et procédant d’elle affecter l’ensemble des objets en présence, ce qui peut vouloir dire ceux de la pensée même, si eux seuls se présentent, s’il n’y a personne qu’eux, etc. » On dira (mais qui ça ?) : pourquoi elle, la folie ? Et que veut dire l’enclencher, se tiendrait-elle déjà au bord, disponible, la folie saurait-elle être ce dont on dispose, n’est-ce pas d’avance une folie que de le croire ? Et à supposer que cela se puisse − si la supposition n’est pas folle − n’y a-t-il pas tous les risques de la voir se retourner en temps et en heure contre cela qui entend la contrôler, contrôlant le contrôle serait-ce de façon irréparable ? (Qui parle ? Les mots auront-ils été pesés ?) Nous repartons. Les fonds fixent pour ainsi dire des caps, il s’agit de les laisser parler, ils parleront encore − ils parleraient de toute façon quand bien même ne les laisserions-nous pas parler − s’ils veulent parler, ils parleront encore, d’un lieu qui peut être celui de la folie, nous ne savons certes pas encore ce que veut dire la folie (la folie veut toujours dire quelque chose, on peut ne pas la prendre au sérieux l’entendant, ne faire précisément que l’entendre alors qu’il ne s’agit que de l’écouter, il est en effet très possible que rien, rien venant d’elle − y compris si elle se garde de parler − ne soit laissé au hasard si cette possibilité n’équivaut pas à une folie de l’écoute mais alors la folie serait partout). Etc. Nous repartons, rien ne fera obstacle, nous faisons obstacle à l’obstacle, ce qui signifie − nous voudrions que cette vérité ne fût pas vraie − quelque chose fait obstacle, en ce moment même, et ce moment dure des semaines, une difficulté, toute phrase, à ce stade, est une difficulté, faisant advenir le temps de son inscription ce qui n’existe pas encore, impossible de savoir ce qui vient, ce qu’il y a derrière la phrase ou plutôt après elle (inscription qui est chaque fois une inscription pour toujours, irrévocable, pour toujours tant que nous vivrons, etc.). Nous repartons, la difficulté se contourne de façon magique pouvant n’avoir été que mirage, auquel cas nous l’aurons contournée pour rien, mais nous ne savions pas, si nous avions su, nous ne l’aurions pas contournée mais traversée, nous disant : « Il n’y a rien. » Riant, peut-être, du rien de ce rien. D’un rire qui eût été tout sauf rien. Une existence peut se résumer à un rire. Nous aurons ri. Une fois au moins. Et ce rire est irréductible. On peut certes rire de ce rire (si ce second rire n’est pas malsain), mais le réduire à ce qu’il n’est pas : impossible. Donc pas de difficulté. Aucune difficulté nulle part. Or une difficulté se présente malgré l’absence de difficulté. Brusquement. On croit d’abord ne rien comprendre, cela semble difficile à concevoir, mais elle se présente et insiste : « Je suis la difficulté en l’absence de difficulté. » Ou encore : « La difficulté de l’absence de difficulté. » La difficulté devient dès lors difficile pour ainsi dire, peut-être plus difficile qu’aucune difficulté − se présentant sans le pouvoir (il n’y a pas de difficulté) −, nous voulons aussitôt la contourner ou alors l’effacer de notre mémoire, faire d’elle le mirage qu’elle peut bien être après tout sachant qu’après tout il n’y a pas même un mirage. Après tout, il n’y a rien, il n’y a même pas même rien. Etc. Nous repartons, ne faisant que répéter, quasiment de phrase en phrase et jusqu’à la folie ― précisément jusqu’à la folie ― ces deux mots : « Nous repartons. » Comme si cela n’était pas sûr, ou en tout cas comme s’il s’agissait de se rassurer : repartant, nous ne faisons pas autre chose que repartir, nous ne rêvons pas (la vérité est que nous ne rêvons pas tant que nous ne nous réveillons pas, si nous nous réveillons c’est que nous aurons rêvé), nous ne rêvons pas : nous nous serons surpris maintes fois, mille fois, rêvant que nous repartions, mais nous rêvions, d’un rêve de l’ordre même de ceux s’effectuant les yeux grands ouverts, repartir aura longtemps été un rêve, nous rêvions de repartir et nous repartons en ce moment même si nous ne rêvons pas. Ici : l’inscription des phrases sur la page semble assurer que nous ne rêvons pas, nous pouvons les relire, ces phrases, et ce sont chaque fois les mêmes y compris si la lecture en est chaque fois différente, elles ne se déforment pas, ne se meuvent pas ― la surface graphique ne se meut pas ―, il y a une fixité de l’inscription impossible en rêve. Ou alors nous ne savons rien des rêves. Nous pouvons certes nous réveiller. Sur un monde tout autre s’il n’est pas lui-même un rêve. Nous aurons rêvé. Nous aurons rêvé que nous ne rêvions pas. Et même : que nous repartions sur un livre. (Ne sont-ce pas là les mots d’un rêve, pour ne pas dire du plus vieux des rêves ?) Nous disions : « Nous repartons. » Et nous repartions. Le rêve suivait point par point les étapes de l’écriture, les piétinements s’étendant sur des semaines, pas un mot, ne s’inscrivait pas un mot ou alors un mot seul parfois, pouvant être effacé en définitive si s’effaçait le sens de son inscription, mais alors ne restait pas un mot, ne restait que la terreur de ce pas un mot, il fallait attendre, se tenir dans la tension de cette attente, se tenir prêt, quitte à ce que ce fût se tenir prêt pour rien, puis brusquement survenait un mot puis une phrase puis un enchaînement de phrases autour duquel nous tournions des heures, puis d’autres enchaînements pour d’autres heures jusqu’à l’épuisement des phrases quand bien même cet épuisement était-il tout sauf effectif, des phrases en fait circulaient encore et toujours dans le cerveau mais aucune, en ces heures mauvaises, n’apparaissait qui fût digne d’être préservée ou inscrite (ce mot étrange, digne, eh bien oui, digne, nous tenions à une dignité, fût-elle intenable, des phrases, nous risquions pour ainsi dire le rire de cette dignité, n’étant précisément rien que risible, et risible parce qu’intenable, quoiqu’il nous fallût taire ce rire, le taire s’il n’était pas criant, entre les mots et les lettres, etc.). Réveil. Ce qu’il peut bien rester d’un rêve. Si aussi nous sommes sûrs d’en sortir. Si, une fois encore, nous sommes assurés qu’un autre ne le relaie pas en ce moment même. Nous nous croyons réveillés, nous sommes même sûrs d’être réveillés, touchant maints objets en présence comme s’il était nécessaire de vérifier, pouvant les déplacer, les soupeser, l’un d’eux peut brusquement s’effondrer, nous échapper des mains et s’effondrer sur le sol, se briser, un bruit se fait entendre, il y a une qualité de ce bruit semble-t-il imparable, réel n’est presque pas assez dire, non qu’il soit surréel, mais en tout cas très réel s’il ne l’est pas trop. Or s’il l’est trop, il devient aussitôt inquiétant. La vérité est que nous sommes inquiets. Nous pouvons déclarer être sûrs d’être réveillés mais la vérité est que nous sommes inquiets (nous ne déclarerions rien si nous ne l’étions pas), inquiets que l’ensemble des gestes de la vérification soient indiscernables, au fond, de gestes s’effectuant dans le rêve, etc.  

 

Extrait de Toute littérature s'effondre. Atelier de l'agneau, 2009

 

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